About a girl who lives and studies in Paris

Prague, revival baroque

9 avril 2008 · Laisser un commentaire

En février dernier, mes parents, mon frère et moi nous sommes évadés à Prague. J’ai séché une semaine de cours pris une semaine de vacances, grâce à un certificat médical factice… 

(Avoir des parents médecins procure des avantages inouïs. Une mère médecin ET shopping-addict, qui a toujours son caducée sur soi, peut se garer impunément n’importe-où et à toute heure, surtout à côté d’une boutique Tara Jarmon.)

Bref. Arrivée avec une valise blindée de vêtements judicieusement sélectionnés, chauds, mais élégants, confortables mais pas ringards, me voilà confrontée à une température plus proche de -5 que de +5°C, et à une guide tchèque increvable ; on crapahute pendant des heures, on piétine, dehors ou – pire – dans une église rococo où les chérubins tous nus, eux, ont l’air d’avoir bien chaud.

Plus le choix, adieu silhouette, il faut superposer les épaisseurs. Ma tenue de combat se compose désormais d’un débardeur en soie, d’une chemise de laine, d’un T-shirt à manches longues, d’un premier pull et d’un second pull, plus large, de deux paires de collants, d’une jupe en laine ou d’un pantalon, de bottes ou de converses. (Pas peu fière de rentrer dans mon jean slim malgré les deux collants superposés, mais je n’ose pas me regarder dans la psyché de la chambre d’hôtel).

Heureusement, mon manteau cache tout ça. Un châle, un bonnet et deux paires de gants… C’est bon. Mais quand notre guide, la pétillante Jana, nous désigne le plus fameux fourreur de Prague, nous ne nous faisons pas prier pour le dévaliser. Résultat : une chapka en vison pour Papa, en blaireau (si, si!) pour Antoine, en renard pour moi, et pour Maman qui a déjà des toques, un sublime renard argenté à nouer autour des épaules.

 

Les tchèques ne manquent pas de boutiques, leur avenue de Paris n’a que peu à envier à l’avenue Montaigne. Hermès, Vuitton, tout y est. Ah, tiens, un Zara à côté duquel une boutique Cerruti ressemble à une friperie. On trouve un Swarowski à chaque coin de rue.

 

J’essaie de repérer les spots trendy, mais notre guide est hyperactive. Un après-midi, nous réussissons à nous asseoir dans le Café Kubista, à la déco cubiste et raffinée.

Nous établissons notre QG à la Maison Municipale, une immense brasserie Art Déco, au fond de laquelle bruisse une fontaine et où, en fin d’après-midi un pianiste jazzy plaque nonchalamment quelques accords syncopés. Pas de tchèques ici ; on surprend des conversations en français, on se sourit.

D’ailleurs, mon amie Sophie est à Prague grâce à un échange Erasmus de six mois. Elle n’a pas encore de téléphone tchèque et je n’arrive pas à me connecter au Wi-Fi (inexistant) de l’hôtel : nous n’arrivons pas à nous donner rendez-vous.

 

Parlons un peu des us et coutumes locals. La cuisine tchèque… est roborative. Passons là-dessus, ce n’est pas l’un de mes meilleurs souvenirs. Le goulash, c’est folklorique, mais pas terrible, et la vache locale, ici, c’est le cochon. Le personnel des restaurants est trop très diligent, et à peine une assiette est-elle mise de côté – qu’on l’ait finie ou non – qu’elle est enlevée. Il faut donc s’y accrocher pour pouvoir la finir. Mon frère appelle cela “se faire dépersonnaliser”. Notre guide nous explique que dans son pays, il n’est pas correct de garder une tasse ou une assiette vide devant soi. Pourtant, j’aime bien ma tasse de chocolat, avec sa mousse desséchée sur le bord…

Ensuite, les transports en commun. Tout date de l’époque communiste, semble-t-il. Les tramways délabrés peinent à s’acheminer vers les hauteurs de la ville. Dans un grincement, souvent, ils s’arrêtent. Quant au métro (trois lignes, trois croisements), il faut descendre dans les entrailles de la Terre pour y accéder, par des escaliers roulants qui descendent à une allure vertigineuse.

 

Enfin, la ville elle-même est un bijou, traversée d’un fleuve (la Moldau) nommée en tchèque “Vltava” qu’enjambent des ponts, mais bien moins nombreux que nos ponts parisiens.

 

Dans les vieux quartiers, la Vieille Ville et le quartier de Mala Strana, les façades baroques et rococo s’interpellent et se répondent par leurs voix colorées. C’est une débauche de pastels, roses, verts, bleus, jaunes, et de tons vifs, rouges, orangés, ocres… 

Un tourbillon de stucs, de boiseries, de trumeaux, de linteaux sculptés, de portes ornées de ferronneries… On est surpris et sous le charme. C’est si différent de l’uniformité haussmannienne de Paris, et plus coloré que les ruelles du Marais!

 

Les églises fleurissent n’importe-où, et partout elles sont charmantes.

 

 

Par contre, la pierre est souvent noircie, comme celle du Pont Charles ou de la Tour poudrière, souillée par des années de pollution.

 

Dans le quartier juif, plus de sobriété. Ce sont les grandes avenues. Les couleurs sont plus sourdes, bien que les stucs soient aussi abondants. Les maisons sont plus hautes, des hôtels particuliers.

 

Là où s’exprime le mieux l’exubérance de ce peuple du froid, c’est dans les églises. Le rococo prend d’assaut les murs, les plafonds, les autels, les colonnes, les statues. Stucs vert et rose pastels dans Saint Nicolas de Mala Strana, qui ressemble à une vaste meringue (à une assiette de charcuterie dira mon frère, plus prosaïque). Rouge et jaune à Notre-Dame de Lorette. Les chérubins, toujours, potelés, presque menaçants tant ils sont nombreux.

 

Dans le Château de Prague, vaste conglomérat de palais et d’églises (dont la Cathédrale Saint-Gui inachevée), au contraire, que du néo-gothique, stylisé et épuré, ou du roman. Ca détend…

 

Nous avons eu le temps de visiter trois musées. Le musée d’art moderne :

où siègent, au milieu d’artistes d’Europe centrale, quelques maîtres occidentaux, le musée Sainte-Agnès (art gothique) et le musée Alphonse Mucha. Révélation. Vous connaissez sûrement ses oeuvres, tellement popularisées qu’on en a oublié à quel point cet artiste Art Nouveau était novateur et génial. J’adore ses femmes si féminines, aux formes splendides et aux cheveux si longs… quand je pense que les miens m’arrivent tout juste aux épaules, au bout de neuf mois! 

Une semaine intense et fatigante, mais j’ai adoré cette atmosphère, cet air de bohème. Je me suis fait la promesse d’y revenir, un jour, avec The One (s’il croise un jour mon chemin!).

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