Hier soir, j’étais à Gaveau, pour un Concert Nouveaux Virtuoses. C’étaient ma Junior-Entreprise, Agro-Service Etudes, qui organisait la soirée. Arrivés à 19h, en même temps que deux déesses blondes en fourreau noir, qu’Ernst & Young avait assignées à l’accueil de ses collaborateurs. En effet, E&Y finançait la soirée et y avait invité collaborateurs et clients prestigieux. Au rez-de chaussée, un buffet se préparait.
Nous n’avons pas servi à grand-choses. J’avais abondamment spammé les Juniors-Entreprises d’Ile-de-France pour que les étudiants soient nombreux… Un peu de Supélec, de l’ENSAE, de l’Agro, ma fidèle amie Axelle représentait l’ESPCI…
A partir de 20h, les mélomanes arrivent. Beaucoup de femmes en vison, tous les messieurs en costume… les collaborateurs E&Y sont plutôt jeunes, 35 à 40 ans en moyenne… On aurait du glisser quelques CV dans leurs poches!
Le concert commence. Les artistes, ce soir, sont les deux pianistes Karin Lechner et Sergio Tiempo. Un frère et une soeur, une complicité totale, des virtuoses époustouflants. La salle retient son souffle. Ils ont l’air de s’amuser, se sourient et se font des signes de tête à travers les deux pianos à queue qui les séparent. Lui joue penché sur le côté. Elle semble danser sur son tabouret. Quelle tension dans leur jeu, et quelle décontraction en même temps. Je pense qu’en fait, seul le public est tendu, car il sait que sur scène, ces deux-là sont prodigieux, que ce n’est pas naturel.
A l’entracte, première tournée de champagne dans la salle de réception. Agro-Service Etudes est convié, et j’en profite pour faire entrer Axelle et son amie Mathilde, les autres Agros présents, Blandine fait entrer un de ses amis. No complexe! Du champagne – dans des coupes! Ca me sidère que pas UN SEUL traiteur à Paris n’ait le bon goût de servir le champagne dans des FLÛTES!!! Pour la Rémoise que je suis, c’est une hérésie, un manque total de savoir-vivre. Je goûte aussi un jus de fraise frais, un délice.
La deuxième partie du concert surpasse encore la première. Nicolas et moi sommes près de la scène avec deux bouquets de fleurs, attendant notre minute de gloire : monter sur scène féliciter les artistes. Il y a une drôle d’odeur. Je me dis que ça doit être le traiteur d’E&Y qui a laissé ses petits fours au four… L’odeur est forte. Tout à coup, en plein milieu d’un mouvement, une alarme se déclenche, nous sommes priés d’évacuer la salle. Arrivés en bas, panique, beaucoup partent. Cécile d’E&Y qui organisait la soirée me confie que c’est effectivement leur traiteur qui a fait démarrer l’alarme à incendie, mais qu’il n’y a rien de grave.
Karin et Sergio descendent les escaliers, bagages à la main, prêts à partir. Ils sont applaudis, dans le hall, longtemps. Mais quelqu’un lance : remontez tous, le concert reprend… Obéissants, les concertistes font demi-tour, suivis par leur public.
La salle n’est plus remplie qu’aux deux-tiers. La scène avait déjà été rangée, il faut ré-accorder les pianos, mais quelques minutes plus tard, le frère et la soeur font leur réapparition, sous les applaudissements, et reprennent exactement là où ils avaient été interrompus.
A la fin, ils saluent deux fois, s’assoient de nouveau et nous offrent un petit mouvement supplémentaire. Ils saluent encore une fois. Nicolas et moi, bouquets à la mains, les rejoignons sur scène. J’embrasse Sergio, lui embrasse Karin. Ils retournent une dernière fois à leur clavier et se retirent sous les applaudissements nourris et prolongés de la salle.
Maintenant, direction le buffet. Décidément, je deviens experte en approche furtive de buffets. Celui-là est renversant. D’abord, dans un coin, un homme découpe sous nos yeux une jambe entière de sanglier – oui, oui, poils, sabots, tout – dont il nous offre des lamelles appétissantes. Les petits fours salés sont incroyables, ravissants, délicieux. Je m’empiffre, sans penser ni à ma ligne ni à mon régime…
Le champagne coule à flots et vite, je me sens toute légère… Les petits fours sucrés dépassent toutes nos attentes… des classiques mini-religieuses, éclairs, macarons, tartes tatins, tartes au citron, babas au rhum… et d’autres plus indéfinissables mais tout aussi exquis. Je m’aperçois qu’ils sont signés Dalloyau.
Ce soir, j’ai ruiné à jamais mes espoirs de jambes fuselées à la plage cet été.